Vers un dégonflement de la bulle IA?
TECH & IA
11/2/2026


Malgré les résultats financiers record des plateformes tech américaines, leur valorisation boursière souffre. Les risques d'une survalorisation sont bien réels. Une alarme pour dégonfler la bulle avant qu'elle n'éclate?
Microsoft vient d’annoncer un plan de départ volontaires d’environ 60.000 salariés (1/4 des effectifs). Google perd -13% en une journée (record historique) : soit 500 milliards de capitalisation partis en fumée en une journée) et Amazon a perdu 5% après l’annonce de ses résultats trimestriels. Sur l’ensemble du mois d’Octobre : Meta (-15%), Nvidia et Space X (-10%)
Quelle est la performance économique et financière des plateformes tech américaines?
Les résultats trimestriels sont pourtant colossaux et en forte hausse
- Plus de $202 000 000 000 en un seul trimestre pour Amazon ! Une croissance de +12% et des profits records (+61%)
- Google : $127,6 milliards (+25%). dont Google Search : $63,3bn (+12%) et la division cloud à $30bn (*2)
- Microsoft : rentabilité opérationnelle de $45,9 bn sur le trimestre (+21%) et +48% de revenus sur Azure, la division Cloud
- Meta : revenus pubs en hausse à 63 milliards (+26 % yoy).
Comment expliquer la chute des cours de bourse et va-t-on vers un dégonflement de la bulle?
Je ne suis pas analyste financier et j’espère que cette bulle IA va se dégonfler avant d’éclater.
De mon point de vue, les risques sont réels et voilà pourquoi les investisseurs et les analystes financiers deviennent fébriles et défiants :
Les dépenses d’investissement pour l’infrastructure IA sont stratosphériques et ne tiennent d’ailleurs pas vraiment compte des limites physiques : environ $220 bn pour l’année 2026 pour le seul Amazon
Les flux de trésorerie se contractent ou deviennent négatifs : -2bn$ pour Meta sur le trimestre, - $42 milliards pour Amazon sur les 12 derniers mois
La dette de certains acteurs établis (comme Intel qui a dévissé de 30%) et des néo-clouds comme CoreWeave inquiètent, et même les mastodontes du digital commencent à s’endetter. Comme le rappellait Gilles Babinet, la dette des « néo-clouds » s'élevent à $2100 bn alors qu’au moment de la crise financière de 2008, les encours de prêts hypothécaires à risque s'élevaient à $1 300 bn
Le doute sur le ROI de l’IA avec une adoption finalement assez lente par les entreprises et des gains de productivité encore très peu visibles au niveau macro-économique, et une guerre des prix qui s'amorce avec les modèles chinois
Les financements croisés avec la généralisation du crédit-vendeur à une échelle sans précédent où Nvidia joue le rôle de banque du système IA
Une interrogation croissante sur les zones de risque avec des créanciers non-régulés et qui ont des engagements hors-bilan importants.
Un contexte économique et politique très tendu : mid-terms aux Etats-Unis, introduction en bourse d’Anthropic.
L'IPO d'Anthropic, un OVNI?
On pourrait effectivement se dire que les turbulences actuelles sont dues à l’introduction en bourse d’Anthropic qui pourrait lever 100 milliards dès la semaine du 9 novembre.
Les performances sont certes plus rassurantes qu’anticipées puisque le CA du groupe au premier semestre est passé de 1,2 milliard en 2025 à 16,3 milliards et que les revenus sont moins concentrés qu’il n’y parait.
Mais l’IPO d’Anthropic est un véritable OVNI : jamais une entreprise n’avait évoqué aussi clairement des risques pour l’humanité, ni proposé une gouvernance de ce type (les 7 fondateurs ont des droits de vote équivalents), ni envisagé une valorisation aussi folle, près de 2000 milliards de dollars.
Pour prendre un de recul, je vous invite à lire le grand entretien de Simon Johnson, prix Nobel d’économie en 2024, donné aux Echos.
Par Thomas Husson, analyste indépendant.
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