Emplois: Pourquoi l'IApocalypse n'est pas ce que vous croyez

TECH & IA

9/28/2026

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Pas un jour sans qu’une nouvelle étude alarmiste ne vienne annoncer la fin du travail et la menace que représenterait l’IA sur l’emploi. Petit état des lieux à date sur ce sujet bien plus complexe qu’il n’y paraît.

L’IA menace-t-elle vraiment la majorité de nos emplois ?

Non, aujourd’hui, l’IA semble plus un prétexte pour justifier des licenciements ou un cours de bourse qu’une réalité.

De nombreuses annonces ont été faites sur les gains de productivité réalisés par l’IA qui permettait de réduire le nombre d’employés et de baisser les coûts. Des sur-promesses de Klarna en passant par les effets d’annonce des géants américains de la tech, il faut prendre un peu de recul.

Oui, sur le papier, on peut bien sûr se dire que l’automatisation (centre d’appels, comptabilité, RH, entrée, analyse et synthèse de données, graphisme, traduction,…) des tâches risque de supprimer de nombreux emplois. Plus une tâche est manuelle et simple, et plus le processus qui la sous-tend est simple, plus le risque est élevé.

Certains parlent de 50% d'emplois menacés. Une étude récente du Boston Consulting Group (BCG) évoque 15% des emplois aux USA d'ici à 5 ans. En France, une étude de la direction du Trésor du ministère de l’Economie publiée à l’été 2026 indique qu’en France « 3,8% du contenu du travail est actuellement à risque d’automatisation par l’IA générative, puis jusqu’à 16,3% d’ici deux à cinq ans ».

Pourtant je crois que l'impact actuel réel de l'IA sur le travail est sur-estimé à court terme et sous-estimé à long-terme. La loi d’Amara (du nom de l’ancien président de l’Institut du Futur) s’applique aussi à l’IA. La plupart des licenciements actuels ne sont pas dus à l'IA mais au contexte économique, à la mauvaise gestion des entreprises ou à une recherche de surprofits. Les projections de l'impact sur l'IA sont sur-estimées: automatiser une tâche ne veut pas nécessairement dire supprimer un emploi.

A long-terme, il est très complexe de modéliser l’impact des gains de productivité et ceux-ci s’étalent en général sur des cycles bien plus longs que quelques années. La réalité est qu'on ne sait pas encore comment modéliser la fameuse"destruction créatrice" de Schumpeter à l’ère de l’IA.


Et si à l’inverse l’IA créait des emplois ?

Début Septembre, The Economist titrait « L’apocalypse de l’emploi est reporté. Le boom est là ».

Aux Etats-Unis, l’IA aurait créé un million d’emplois contre 200.000 suppressions attribuées à l’IA depuis mi-2023. Une partie de ces créations sont des emplois d’infrastructure qui viennent du boom de la construction des data centers : électriciens, techniciens du froid, ingénieurs…Au-regard de l’impact climatique et du faible ratio entre emplois et montants investis, on peut légitiment se poser la question de la valeur sociétale créée.

Cela dit, le plus intéressant, est que contrairement à ce qu’on lit ici ou là, il semblerait que de nombreux métiers intellectuels soient en augmentation : analystes qui maîtrisent les outils pour mieux questionner les insights produits, responsables IA dans les entreprises, etc…LinkedIn parle de 640.000 emplois spécifiquement liés à l’IA créés entre 2023 et 2025.

Quelles sont les vraies questions que pose l’IA aux dirigeants ?

Au-delà de la création du solde net d’emplois entre les destructions et les créations, la question essentielle est de comprendre que l’IA va modifier la manière de travailler de la plupart des employés. Il y aura des impacts majeurs tant au niveau micro-économique qu’au niveau macro-économique.

  • L'enjeu micro-économique pour les entreprises est celui d'une transformation culturelle et organisationnelle pour laquelle le middle management jouera un rôle essentiel.


Il faut un PDG à la fois visionnaire et qui incarne le changement par une approche "top-down" et des salariés qui mènent des projets innovants avec une approche 'bottom-up". Comme souvent dans les transformations qui s’étalent sur plusieurs années, la clef de la réussite dépendra des RH et des managers intermédiaires.

  • L'enjeu macro-économique est bien celui d'une refonte du contrat social et de la modernisation du capitalisme

    L'analyse que je trouve la plus pertinente est celle de Yann FERGUSON, directeur scientifique de LaborIA à l'Inria

    Dans une interview à Stratégies il y a quelques mois, il expliquait simplement que le rôle sociétal du travail était impacté par l'IA. Je le cite "Le phénomène du shadow IA" pose le problème fondamental de la transformation invisible du collectif de travail". Plus loin encore, "Les études montrent que l'utilisation d'un outil technologique en phase d'apprentissage écrase le processus essais-erreurs qui permet de s'améliorer. Le risque est aussi que l'apprenti fasse moins appel à son tuteur et ne bénéficie ainsi plus des apprentissages liés à son expérience."

    C'est un sujet éminemment complexe qui mérite nuance et humilité, et qui promet des débats et des réflexions passionnantes dans les années qui viennent.

Par Thomas Husson, analyste indépendent.